Le coaching en France : Pourquoi cette méfiance est tenace

Il suffit de prononcer le mot « coaching » dans une salle de réunion ou autour d'un repas de famille pour voir les sourcils se froncer. Un sourire en coin, une remarque ironique, et le sujet est clos avant même d'avoir commencé. Pourtant, des milliers de professionnels — dirigeants, sportifs de haut niveau, médecins, officiers — recourent au coaching avec des résultats concrets et mesurables. Alors, pourquoi les Français restent-ils aussi réticents ?

COACHING

Ghislain Montailler

6/1/20263 min read

Le Coaching en France : Pourquoi cette méfiance tenace ?

Il suffit de prononcer le mot « coaching » dans une salle de réunion ou autour d'un repas de famille pour voir les sourcils se froncer. Un sourire en coin, une remarque ironique, et le sujet est clos avant même d'avoir commencé. Pourtant, des milliers de professionnels — dirigeants, sportifs de haut niveau, médecins, officiers — recourent au coaching avec des résultats concrets et mesurables. Alors, pourquoi les Français restent-ils aussi réticents ?

1. Un mot importé sans traduction culturelle

Le mot « coaching » vient de l'anglais. Il débarque en France dans les années 1990 dans les bagages du management américain, avec son lot de concepts jugés envahissants : le développement personnel, la pensée positive, la performance à tout prix. En France, pays de Descartes et du doute méthodique, ce vocabulaire sonne faux. On se méfie de ce qui ressemble trop à de l'enthousiasme forcé ou à de la psychologie bon marché.

Là où un Anglo-Saxon entend « soutien professionnel structuré », le Français entend souvent « quelqu'un qui va me dire comment penser ».

2. Un marché longtemps non régulé

Et cette méfiance n'est pas totalement infondée. Pendant des années, n'importe qui pouvait se proclamer « coach » sans aucune formation, sans supervision, sans code déontologique. Le mot est devenu un fourre-tout : coach de vie, coach en séduction, coach en bien-être, coach en feng shui...

Cette absence de régulation a nourri deux problèmes majeurs :

  • Des pratiques douteuses, parfois aux frontières de la manipulation psychologique ou des dérives sectaires.

  • Une confusion avec la thérapie, la consultance ou le simple conseil, brouillant l'identité réelle de la profession.

Le grand public a retenu les scandales, pas les réussites discrètes.

3. La culture de la débrouillardise et de la pudeur

La culture française valorise l'autodidaxie, la résilience individuelle et une certaine pudeur sur ses difficultés. Avoir recours à un coach, c'est implicitement reconnaître qu'on n'y arrive pas seul. Et ça, culturellement, c'est difficile à accepter.

« Je n'ai pas besoin qu'on me tienne la main » est une phrase que tout coach français a entendue au moins une fois. Ce n'est pas de l'arrogance : c'est de la culture. On ne va chez le médecin que quand on est vraiment malade. Le coaching préventif, le coaching de progression, reste encore une idée abstraite pour beaucoup.

4. Une image parasitée par les extrêmes

Le coaching souffre d'une représentation médiatique caricaturale. D'un côté, les émissions de télé-réalité où un « coach » hurle sur des candidats pour les faire « se dépasser ». De l'autre, les gourous des réseaux sociaux qui vendent des programmes miracles à 997 euros en promettant de transformer votre vie en 30 jours.

Ces figures extrêmes capturent l'attention et forgent les représentations collectives. Le travail sérieux, confidentiel et progressif d'un coach certifié accompagnant un manager en transition de carrière, lui, ne fait pas le buzz.

5. La confusion avec la psychothérapie

Un autre frein majeur : les gens ne savent pas vraiment ce qu'est le coaching, et ce qu'il n'est pas. Beaucoup pensent que c'est une forme de thérapie déguisée. D'autres, à l'inverse, pensent que c'est superficiel comparé à un vrai suivi psychologique.

La réalité est plus simple : le coaching ne soigne pas, il fait grandir. Il s'adresse à des personnes qui fonctionnent bien et qui veulent fonctionner mieux. Il part du présent et se projette vers l'avenir, sans fouiller le passé. Ce positionnement clair manque encore dans la communication grand public.

Alors, le coaching a-t-il un avenir en France ?

Oui. Et il est même déjà là, pour qui sait regarder.

Les grandes écoles intègrent le coaching dans leurs cursus de leadership. Des administrations publiques — dont certains services de sécurité civile — commencent à former leurs cadres à la posture de coach. Les certifications sérieuses comme l'ICF (International Coaching Federation) imposent des standards éthiques, une supervision régulière et une formation exigeante.

La génération qui arrive sur le marché du travail est moins hermétique à l'idée d'être accompagnée. Elle cherche du sens, de la progression, de l'authenticité — autant de territoires où un bon coaching trouve toute sa pertinence.

Ce que j'en retiens, dans mon travail

Quand j'accompagne des candidats aux concours d'officiers de sapeurs-pompiers, je vois chaque jour ce que le coaching peut apporter de concret : mieux gérer le stress de l'oral, dépasser une croyance limitante sur ses capacités, trouver sa propre manière de porter un message devant un jury.

Ce n'est pas de la magie. Ce n'est pas de la psychologie. C'est un espace structuré, confidentiel, orienté vers l'action, où la personne en face de moi fait le travail — et moi, je l'aide à voir ce qu'elle ne voit pas seule.

C'est ça, le coaching. Et ça, ça mérite mieux que les préjugés.